"IL EST ECRIT QUE LA FEMME ET L'HOMME ONT LES MEMES DROITS, NOUS DEVONS LE REPECTER"




Kaboul le 20 avril 2009

Une nouvelle tempête s’annonce pour les femmes afghanes. Elle risque de diviser le pays et de ruiner les efforts faits pour assurer la démocratie en Afghanistan et redonner aux femmes les droits qu’elles avaient perdus sous le régime des taliban.
Déjà cette année, deux femmes ont été tuées à Kandahar, une parlementaire, et une femme policier ; des jeunes filles ont été victimes d’attaque à l’acide parcequ’elles allaient à l’école, un couple vient d’être abattu dans la province de Farah ou les taliban font règner la terreur : ces jeunes n’étaient pas mariés.
Une loi sur le code de la famille pour les minorités chiites vient d’être votée. Elle inquiète les Afghanes et la communauté internationale.

Fauzia Koofi est députée de la province du Bakhasthan, dans le nord du pays, une région difficile d’accès ou les villages sont éloignés.
Elle vit à Kaboul seule avec ses deux enfants; son mari est mort, tué par les taliban dont il était le prisonnier.
Elle va toutes les semaines dans sa province à l’écoute des populations locales. Il y a quelques semaines, un rocher est tombé sur des petites filles qui étudiaient dans une école installée en plein air, comme le sont tant d’autres encore en Afghanistan. L’une d’entre elles a été tuée. Fauzia a promis de faire construire une école en dur et cherche des fonds pour cela.

Je l’ai rencontrée à Kaboul  ou se tient une conférence organisée  par la Fondation Massoud et soutenues par beaucoup d’autres institutions sur la sécurité et l’avenir du pays.
Beaucoup de femmes y participent et font entendre leur voix.



Interview:

Fauzia, comment avez-vous réagi à cette loi sur le code de la famille pour les femmes des minorités chiites qui représentent 15%du pays ?
Nous avons été trompées ! Cette loi comporte des articles qui rappellent les règles infligées sous le régime des taliban. La femme chiite devra répondre aux besoins sexuels de son mari. Elle est obligée  de se maquiller si son le mari  le lui demande. Elle n’est pas autorisée  à sortir seule sans une excuse valable. Pour nous les femmes afghanes c’est un retour en arrière et nous ne pouvons l’accepter.

Pourquoi n’avez-vous pas réussi à rassembler une large coalition de femmes au parlement pour faire barrage à cette loi ?
Nous avons essayé de le faire. Nous avons manqué de temps, car cette loi nous a été présentée sous différents angles. Certaines n’ont pas pu la lire. Pour des raisons politiques, certaines femmes n’ont pas osé s’y opposer. D’autres par peur de représailles. Ces femmes ne font pas leur rôle de parlementaires, car elles ne devraient travailler que pour  le peuple grâce auquel elles ont été élues, avoir le courage de s’opposer a certaines lois inadmissibles.

Ne craignez-vous pas que cette loi, si elle n’est pas révisée  puisse en annoncer d’autres avec les mêmes restrictions pour les femmes de la majorité sunnites ?
Bien sûr et c’est pour cette raison que nous avons organisé une manifestation à Kaboul contre cette loi. Il y avait des hommes et des femmes dans cette manifestation et beaucoup de femmes chiites. Croyez-moi nous apprécions la mobilisation de la communauté internationale et nous n’allons pas baisser les bras !

Les négociations avec les taliban modérés n’en sont elles pas le prétexte ?

Bien sûr, les éléments les plus extrémistes au parlement en ont profité et cela risque de continuer si nous ne sommes pas vigilantes. Nous avons une constitution dans laquelle il écrit que la femme et l’homme ont les mêmes droits. Nous devons la respecter.

Etes-vous inquiète de ce qui se passe au Pakistan ou le gouvernement vient d’autoriser l’application d’une loi islamique dure dans la Vallée de la Swat et s’apprête à faire de même dans d’autres parties du Pakistan ?

Ce qui se passe actuellement en Afghanistan est le reflet de ce qui se passe au Pakistan. Ce jeu est terriblement dangereux, non seulement pour les femmes mais pour tout le peuple afghan et pour la communauté internationale.

Quelle peut être le rôle des femmes pour aider à réinstaurer la sécurité dans le pays ?

Le rôle des femmes est très important car elles contribuent à la reconstruction du pays. Mais elles doivent être mieux protégées et souvent au sein même de leur propre famille. C’est pourquoi le vote de cette loi pour les femmes chiites est terrible. Les femmes devraient être consultées et il serait inadmissible qu’elles ne puissent pas donner leur mot sur un éventuel processus de réconciliation avec ce que la communauté internationale appelle les « taliban modérés ».

Shella ATA , une de vos consoeur députée a déclaré sa candidature à la présidentielle, d’autres vont probablement suivre. Pensez-vous que c’est une bonne chose qu’une femme se présente à la présidence ?
Evidemment !

Y avez-vous pensé pour vous-même ?

Je n’ai pas l’age requis, mais j’y pense pour la prochaine fois.




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Interview de  Fauzia KOOFI
(Vice Presidente du Parlement Afghan)
par Patricia Lalonde